En Chine, il faut réapprendre à goûter. Chaque aliment est un nouvel aliment. Je n’ai aucun repère, je ne sais jamais si ce que je m’apprête à manger est du poisson, des crustacés, un champignon sauvage, une boule de glutamate monosodique a la sauce, ou du tofu sculpté en forme d’œuf. Aucun plat ne ressemble à un autre, donc chaque plat est nouveau. J’ai mangé depuis que je suis ici, un sundea aux fèves noires , maïs et eagle brand, des tomates trempées dans du chocolat et du jus de maïs et d’arachide chaud (tous affreux). Les Chinois, contraints par de fréquentes famines, on pris l’habitude de tout couper en très petit morceaux pour que tout puisse cuire plus vite. Aussi, les aliments périmés ne goutant généralement pas très bon, ils masquaient avec subtilité l’arrière-goût d’Urgel Bourgie avec de a sauce forte -tradition qui est restée.
Donc, chaque fois que je mets quelque chose dans ma bouche, il faut que j’analyse la forme, l’odeur, le goût, la texture. Si ça me satisfait (ou si j’ai vraiment faim), je mâche et j’avale, et si j’aime j’en reprends. C’est un peu comme une session de trithérapie à chaque repas. Pour éviter de sombrer dans un marasme alimentaire, j’ai dû laisser mon dédain à Montréal. Ceux qui me connaissent se demanderont de quel dédain je parle, car je suis quelqu’un qui mange de tout. Par dédain je veux dire, incapacité à manger des créatures vivantes, ou refus de pratiquer l’anthropophagie. Dernièrement j’ai ajusté à la baisse mon seuil de tolérance au dégout.
Lors de la dernière journée que mon CEO a passée ici, il y a déjà 3 semaines déjà, nous avions fini très tard des discussions relatives au projet que je gère ici. Pour bien faire, Achilles (mon fidèle scribe/traducteur/chauffeur/partenaire d’affaires) nous proposa un resto spécialisé en fruits de mer, ce que nous acceptâmes sans osciller, la fatigue résonnant à travers nos corps meurtris.
Une autre chose qu’il faut spécifier à propos de la Chine et de ses habitants, est qu’ils vouent un culte inégalable à la nourriture. La pire insulte qu’on puisse vous faire, c’est de vous inviter au resto, et de vous laisser sur votre faim. Dans chaque resto où je suis allé, il y a toujours eu 3 à 5 fois trop de nourriture par convives. Je crois que c’est une manière pour eux d’exhiber leur opulence. Les buffets n’échappent pas à cette règle, j’ai d’ailleurs appris que chaque année, il se jette l’équivalent de 20 millions de repas lors de ceux-ci. Pour vous donner un autre exemple, une formule de politesse commune après avoir dit "ni hao" à quelqu’un est de dire "ni chi le ma" qui veut dire « est-ce que tu as mangé récemment? ». Chaque repas est donc une expérience. Ça ne peut jamais être rapide, ou sur le pouce. Il faut toujours que les repas prennent du temps, comme de longues cérémonies, lentes, pesantes et engourdies. Voici une des choses qui me manque le plus du Québec, de pouvoir manger en 20 minutes, alors je vous prierais de chérir votre prochaine expérience chez Amir ou dans une Pizza 99 cents.
Je perçus que Paul (mon CEO) avait le goût de manger rapidement et simplement et j’étais du même avis, mais puisque ça ne se peut pas, nous nous rendîmes vers le restaurant suggéré par Achilles. 10 minutes après notre départ, nous avions avancé d’environ 1km, bloqués par les embouteillages. Achilles nous dit que le resto était environ à 30 min de notre hôtel, mais qu’avec cette congestion, ça pourrait prendre plus de temps. Paul et moi fîmes valoir notre état de fatigue, et notre envie de manger rapidement. Achilles tourna donc dans la première rue et nous nous arrêtâmes dans le premier resto venu. C’était la première fois que je mangeais dans un resto du "peuple" et non dans un resto classe.
En dedans, on s’assoit autour d’une table sur laquelle il y avait un réchaud, et sous laquelle une bouteille de propane m’empêchait d’étendre mes jambes. On nous alluma le réchaud, puis une dame vint nous porter un GROS bol de soupe brune (plus gros qu’un wok). La soupe commença à bouillonner, et elle y jeta des poignées de 10 sortes de champignons sauvages. Après quelques minutes, nous plongions dans la soupe pour aller chercher quelques délicieux fongus encore croustillants, mais mes baguettes se sont heurtées à quelque chose d’autre. Un pigeon mort. Complet. Un pigeon, mort, complet et dans la soupe. Je regarde Achille l’air 50% surpris, 50% répulsif, 50% pantois. Oh yes, this is pigeon soup, very good for eyes, liver and immune system (autre manie gossante des Chinois, ils ont la science infuse, et chaque chose que l’on mange est bon pour une partie du corps… quand j’ai la grippe, ils me disent de manger de la racine de lotus, et que je leur montre mes chancres mous, ils me disent de frotter du poil de yak a toutes les pleines lunes dessus.) Achilles me dit qu’il faut encore le laisser bouiilr, puis ils vont venir nous le couper, en de beaux morceaux de moignons chaireux faciles à manier, de la baguette à la bouche. Je suis toujours ébahi, de la compéltitude de la bête. Bec, petite langue, yeux, duvet sur la tête, pattes. Paul, ayant l’air tout aussi abattu que moi (mais moins que le pigeon), dit à Achilles de lui commander du riz et du porc, car il n’a pas envie de soupe. Je voulais faire la même chose, mais en même temps je m’étais dit que j’étais ici pour vivre des expériences, alors au diable les mets occidentaux. La dame revint avec un autre bol, prit l’oiseau et revient quelques instants plus tard, avec le même oiseau, son intégralité en moins (grossièrement coupé en morceaux) . Elle replongea le tout dans le bouillon, y compris la tête, et les pattes. J’essaye… et le résultat? Je vois mieux, ma bile se porte à merveille (visqueuse à souhait et d’un jaune vif à faire pâlir d’envie un hépatique) et mes anticorps sont prêts pour les olympiques. Incroyable. Ils avaient raison!
Épilogue : Du pigeon ça goûte le poulet, mais dans mon livre, un pigeon, c’est plein de lupus et de rage. J’aime mieux le poulet.

(Ce billet à été écrit dans l'avion entre Chongqing, Shanghai et Hong-Kong, en 24 heures, ce qui explique la confusion au niveau des temps de verbes)
14 commentaires:
Je t'aime.
T'es vraiment un écrivain.
Ju xx
Une photo du pigeon dans la soupe, on exige des photos!!!
À Rome ...
Hummm, "P.", Louis est en Chine !!
Louis, en lisant tes textes, j'ai l'impression que tu décris ma famille! Par exemple, à la maison, on doit toujours prendre TEEELLEMENT de temps pour manger....et à chaque bouchée, ma grand-mère m'explique les bienfaits des plats qu'elle a cuisiné! Hahah.
Et en effet, les chinois ont tendances à mélanger toutes sortes d'aliments pour en faire un plat. Juste pense au super tofu sucré dans un "bouillon" au gingembre que je t'ai fait goûter au Dim SUm la dernière fois !!!!
hahaha!!! Du pigeon....yuk!!!
Ont-ils du soylent green sur le menu?
Are we there yet?
Zag
YARK ! ! ! haha
expérience oui, mais j'espère que tu t'es limité aux partie du corps du pigeon qu'on mange d'habitude...
d'ailleurs ça goutte quoi une patte de pigeon ?! et le bec ?! haha...
Ils sont fous ses chinois !
Mais bon tu pourras raconter ça a tes ptits enfants plus tard et ils vont être sur le cul et tu seras à leurs yeux un vétéran, un homme sage et remplis d'expériences et d'histoires intéressantes !
Bonne continuité !
xxx
fred
Tu viens de confirmer complètement ma non-envie de me rendre en Asie...
Eric, mon amoureux, m'a donné récemment de tes nouvelles par mail, alors je viens visiter ton blog. Je dois dire que tu nous fait pas mal rire. Nous compatissons...
Des nouvelles de notre côté sur mon blog:
pinkcityfoxy.blogspot.com
Sois fort, je suis sûre que tu survivras...
Avec toutes ces choses horribles que tu avales, tu vas avoir un corps invincible..;c'est sûr.
Franchement, je te trouve un peu difficile. Un pigeon mort dans une soupe aux champignons, c'est commun non?
N'oublie pas de demander des recettes (si possible en version originale) pour que tes amis puissent découvrir les joies de la nourriture chinoise, la vraie, pas la version pasteurisée servie dans les restos chinois d'ailleurs que là-bas.
Pis j'me réjouis que tu m'fasse goûter à ma prochaine visite va!
Oh my! T'aurais du voir ma face quand j'ai lu '' mes baguettes se sont heurtées à quelque chose d’autre. Un pigeon mort. Complet.'' J'pense que j'ai avalé une mouche... cé toujours ben mieux qu'un pigeon! Tu es courageux d'y avoir goûté! À la chine?
Ah ah ah, je viens de terminer de faire le tour de tes posts, t'es vraiment un écrivain en effet! J'étais pliée en 4 tout au long! Mais t'es traumatisant aussi... ta description des toilettes m'irrisse le poil... je pense que je vais en faire des cauchemars ce soir!
Bonne continuation! :)
Estelle
L'autre jour,un pigeon m'est tombé sur la tête. Il a terminé sa chute deux étages plus bas. Je pensais qu'il était mort, mais il a retrouvé ses esprits, puis s'est envolé. J'étais sur une plateforme entre ciel et terre. Vu de l'échafaudage, il avait une position semblable à celui que tu as photographié.
Me permettrais-tu d'utiliser cette photo d'un pigeon dans l'un des textes que je me propose d'écrire? Si oui, à quelles conditions - et comment aimerais-tu que je cite la source? Merci. Alice.
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